Je voudrais re-questionner le terme générique d’ « œuvre ». Au travers de nos pratiques, nous ne pouvons l’éviter. Réfléchir à ce qu’il veut dire pour nous, réellement et ce que la conscience collective en fait peut nous permettre un autre regard, distancié de nos actions. Voilà mes recherches et prises de notes, j’espère que cela provoquera des réactions qui enrichiront ma réflexion.
1- Parce que l’œuvre dans la conscience collective est respectée et signifie une réalisation aboutie, souvent menée par un savoir-faire précis, elle est associée à une notion de maître, de temps d’atelier et de chef-d’œuvre. Le terme « œuvre » a, particulièrement pour des étudiants en art, une connotation prétentieuse.
2- Son utilisation en devient complexe, voir tabou.
3- Ce mot fait appel à des dispositifs de présentation (musées, galleries, White Cube) avec des codes et des règles. Une présentation qui pourrait devenir une projection pour rentrer dans l’histoire ? => Inside the white cube , Brian O’Doherty.
4- S’il dérange, il me semble que c’est à cause de l’assimilation à une unité. L’œuvre serait une unité que l’on ne remet en question, un impénétrable objet d’art qui se suffirait à lui même pour marquer les consciences.
5- Il remplacerait alors même la question fréquente dans notre monde d’art contemporain à savoir ce que l’on voit, ce qui nous est présenté, est de l’art. Mais quelle est le but d’une telle question ?
6- L’écart entre les différentes langues est significatif. D’après mes observations qui suivent, de différents dictionnaires, nous avons en France un regard qui met sur un piédestal l’œuvre qui le lierait ne serait ce qu’un peu à la religion. Contrairement à l’Anglais ou l’Allemand où l’œuvre est surtout assimilée à un travail.
7- Alors que « masterpiece » ( chef-d’œuvre) est laissé aux critiques, historiens, théoriciens qui discutent de la pérennité d’une œuvre. En France, le langage commun a remplacé chef-d’œuvre par œuvre. Une confusion s’installe chez la majorité des Français.
8- Alors qu’en revenant aux origines du terme : Ouvrier, Ouvrage donne simplement la notion de travail, de réalisation, de production ; ce qui correspond à une réalité chez les artistes, celle d’un projet et de son suivi. Et non à une idée stéréotypée d’un art inspiré par des muses qui serait de l’ordre du divin, du majestueux.
9- Il faudrait donc penser à un vocabulaire plus adapté à chaque type de travaux, d’actions selon chaque situation précise afin d’employer les termes pour leurs définitions précises et non leur sens commun. Le terme semble être assez souvent trop générique pour un usage fréquent.
Ex : Production - Réalisation - Présentation - Proposition(artistique)- action – performance…
Œuvre : 1- nf ( latin opera, travail) Tâche, activité, action (de l’ordre de l’ instant, du processus). Réalisation, Production (plus de l’ordre d’un résultat).
- « Les bonnes œuvre » : ensemble d’actions charitables accomplies dans le cadre d’une organisation religieuse.
- « Œuvres Mortes » : partie émergée d’une navire.
- « Œuvres Vives » : partie immergée d’un navire.
2- nm ( latin opera, travaux) Ensemble des productions d’un artiste notamment de celles réalisées au moyen d’une technique particulière.
- « Gros Œuvre » : ensemble des ouvrages constituant la structure d’une construction.
- « Le Grand Œuvre » : la transmutation des métaux en or, la fabrication de la pierre philosophale.
Chef-d’œuvre : La plus belle œuvre d’un écrivain, d’un artiste. Œuvre d’art particulièrement accomplie. Ce qui est parfait en son genre.
Dictionnaire Le Larousse.
Œuvre : Anglais/ Français
Work(s) : Ensemble de la production artistique
Charity : Organisation charitable
The Shell : Le gros Œuvre
To make use of : mettre en œuvre
To implement : Faire des plans, des lois, des projets
Work of art : Œuvre d’art
Charitable works : Œuvres de bienfaisance
Dictionnaire Robert et Collins
Œuvre : Allemand/ Français
Nf :
Werk, Arbeit : Travail
Kirchenkasse : Religion, fabrique
Stiftung : fondation
Nm :
Werk : Œuvre d’artiste
Komposition : Peintre
Der Stein : Le grand Œuvre
L’utilisation du terme œuvre serait donc une question de contexte, de situations. Nous pouvons remarquer que le mot œuvre ne français est trop générique, trop global et qu’il faut apprendre à l’utiliser consciemment.
Il faut alors se poser la question du statut de l’œuvre : par cela j’entends qui fait l’œuvre, par quels moyens et ce qu’elle intègre ( processus- réalisations- actions –visions- réactions …)
En re-questionnant ces statuts, en repensant des situations, des performances, des médiations, le rôle de l’artiste et des spectateurs sont remis en jeu.
Recréer de nouvelles situations mettent en place un système instable, déséquilibré dans lesquelles les perceptions, les réactions sont moins normées car les codes ont changés. Cela pourrait provoquer de nouvelles énergies, de nouvelles dynamiques.
Pour ma part, je pense que ce ne doit pas être un but en soi mais plutôt un dispositif plus ouvert sur différentes monstrations qui, peut-être permettront une articulation de projets plus subversifs.
Il s’agit pour moi de trouver des exemples d’artistes qui ont eu des réflexions similaires ou opposées pour que je complète le sujet pour écrire un article avec des analyses précises historiques, théoriques, critiques et artistiques.
Pour le moment je pense à Mircea Cantor, au Land Art, au Body Art, à la performance en général, à Krzysztof Wodiczko et à Allan Kaprow, ou encore Erwin Wurm.